Tuberculose : La maladie est en recrudescence
Maladie beaucoup crainte par les populations parce que mortelle, la tuberculose est pourtant une maladie guérissable. Pour peu qu’on suive régulièrement le traitement qui, lui, est gratuit. C’est pour mieux découvrir cette pathologie, son mode de transmission, sa prise en charge, etc., que nous avons rencontré le technicien supérieur en soins infirmiers obstétricaux, Rodrigue Bationo, responsable du service de lutte contre les maladies à la direction régionale de la Santé du Centre-Ouest, et certains patients qui souffrent de cette pathologie.
Maladie contagieuse et mortelle, la tuberculose est une pathologie infectieuse due au bacille de Koch, a déclaré le technicien supérieur en soins infirmiers obstétricaux, Rodrigue Bationo, responsable du service de lutte contre les maladies à la direction régionale de la Santé du Centre-Ouest. La tuberculose, a-t-il ajouté, se transmet par voie aérienne, c’est-à-dire que si un sujet bien portant respire les fines gouttelettes que rejette un tuberculeux en toussant, en éternuant ou en riant, il court le risque de contracter la maladie quelques mois plus tard.
Des formes diverses de la tuberculose
Selon M. Bationo, il y a plusieurs formes de tuberculoses. On a la tuberculose pulmonaire qui est la forme la plus courante, et la forme extra pulmonaire qui se développe au niveau d’autres parties des organes du corps. Concernant la forme pulmonaire, précise-t-il, il existe deux types, à savoir la forme pulmonaire à microscopie positive, c’est-à-dire qu’on a les germes (bacille de Koch) qui sont détectés dans l’analyse des crachats ou d’une image radiologique révélatrice, et la forme pulmonaire à microscopie négative. S’agissant de cette dernière, fait-il savoir, la recherche de germes à partir des crachats se révèle négative, mais, sur décision du médecin et à partir d’images radiologiques, le patient est mis sous traitement. La tuberculose, poursuit M. Bationo, se manifeste par des signes respiratoires, à savoir une toux chronique, une expectoration, des douleurs thoraciques et des signes non respiratoires qui sont le plus souvent une fatigue générale, un manque d’appétit, un amaigrissement, une fièvre vespérale, c’est-à-dire que le sujet atteint de la maladie développe le plus souvent dans la soirée une fièvre accompagnée de sueur. Mais le signe alarmant, confit-il, est la toux. M. Bationo invite par ailleurs tout un chacun à se rendre dans une formation sanitaire en cas d’une toux qui dure plus de 14 jours, car au-delà de deux semaines, il y a de fortes chances que ce soit la tuberculose.
Une maladie réémergente et récurrente
De l’avis du responsable du service de la lutte contre les maladies, il y a 10 ans, on parlait moins de la tuberculose, mais depuis l’avènement du VIH/SIDA, dans les 5 dernières années, soutient-il, la maladie a refait surface. Cela, fait-il remarquer, est lié à la co-infection. Et d’ajouter que sur un terrain immunodéprimé, la tuberculose constitue une maladie opportuniste. Selon ses explications, les personnes infectées par le VIH/SIDA sont plus exposées à la tuberculose et la développent plus souvent.
Des statistiques au niveau régional
La détection des cas de tuberculose au niveau régional permet de s’imprégner de l’évolution de la maladie. les statistiques des 3 dernières années, le technicien Bationo révèle que sur 857 cas de tuberculose à détecter en 2006, seuls 175 cas l’ont été. En 2007, 140 cas ont été détectés sur un total de 1212 cas attendus. En 2008, 206 cas ont été notifiés sur 1237 cas attendus, soit un taux de détection de 16,65%. Ce taux, a-t-il soutenu, est en deçà des normes/indicateurs du PNT(Programme National Tuberculose) qui est de 70% .Des efforts restent donc à faire en matière de détection de la tuberculose, a-t-il reconnu. Le taux de guérison pour la même année est de 65,2%. Celui de décès s’élève à 22,7%, a précisé M. Bationo qui a remercié BURCASO qui regroupe les associations du Centre-Ouest qui les soutiennent dans la détection des cas de tuberculose.
Une prise en charge gratuite
La tuberculose, a dit le technicien supérieur en soins infirmiers obstétricaux, se soigne gratuitement au Burkina. Lorsqu’une personne est dépistée positive de la tuberculose, fait-il savoir, elle est entièrement prise en charge gratuitement. Le traitement dure 6 mois et est gratuit, de même que les examens de crachats. Pour mieux lutter contre la maladie, 5 stratégies ont été mises en place par les responsables sanitaires. Ces stratégies sont : le couple dépistage/ traitement, la vaccination par le bacille Calmet Guérin (BCG), l’éducation sanitaire (sensibilisation), l’amélioration des conditions socio-économiques et la chimioprophylaxie (prévention par les médicaments). Parmi ces 5 stratégies, souligne le responsable de service de la lutte contre les maladies, c’est le couple dépistage/ traitement qui est la plus conseillée parce qu’elle est la plus efficace et la plus appropriée. Toujours dans le sens de mieux combattre la tuberculose, il est mis sur pied au niveau des différents districts sanitaires du Burkina, des unités de traitement appelées centre de diagnostique et de traitement de la tuberculose (CDT), a relevé M. Bationo. Ces centres, a-t-il signifié, reçoivent chaque jour les malades pour leur donner des médicaments. Pour M. Bationo, le fait de recevoir les patients chaque matin pour leur donner des soins permet d’une part de bien suivre le traitement, et d’autre part, de leur indiquer une conduite à suivre, car, affirme-t-il, lorsqu’on a un tuberculeux dans une communauté, celui-ci peut contaminer son entourage s’il n’est pas sensibilisé. Cette stratégie permet également, a-t-il renchérit, de s’assurer que le malade prend régulièrement ses médicaments. La tuberculose est guérissable. A en croire M. Bationo, sur 100 cas de tuberculose suivis dans les centres de santé, le taux de guérison est d’environ 85% au traitement. Pour les 25% restants, on peut avoir des cas de décès, d’échec au traitement, d’abandon, etc., a-t-il précisé. Tout comme ses collègues du centre de diagnostique et de traitement de la tuberculose, M. Bationo a invité les malades à suivre scrupuleusement les conseils des agents de santé, car il y va non seulement de leur santé mais aussi de celle de leur entourage. Selon le major par intérim du centre médical (CM) de Koudougou, responsable du CDT dudit service, Alice Bafo, et son adjoint Jean Marie Kaboré, la prise des médicaments se fait tous les matins à jeun, et ce, après une heure de repos. Le traitement dure 6 mois mais si le malade n’est pas régulier, la durée est de 8 mois, ont-ils précisé. Pendant les 8 mois, on a deux mois d’injection avec en plus une prise de médicaments. Pour les 6 mois restants, le malade est reçu 3 fois par semaine. En plus des médicaments, les malades bénéficient d’un appui alimentaire composé entre autres de mil, d’huile et de sucre, a confié le major Bafo. De son avis, la difficulté majeure à laquelle fait face l’équipe du CDT du CM, est le non-respect des rendez-vous par certains malades. Mais des associations comme l’ADIP/Solidarité soutiennent le service dans la recherche de ces malades qui viennent généralement des villages environnants. Selon le major Bafo, le CM est aussi doté d’un moyen roulant par le programme national de tuberculose. C’est ce moyen roulant qui permet aux agents d’aller à la recherche des patients qu’on sensibilise sur la nécessité d’être régulier au traitement, a-t-elle soutenu. Elle a lancé un appel aux autorités afin qu’elles appuient le centre dans la recherche des malades qui abandonnent le traitement avant son terme. Aux malades, Alice Bafo a conseillé de ne pas tousser en face d’un membre de la famille, de recueillir les crachats dans un bocal et les jeter dans un WC ou les enterrer, et aussi de bien aérer le local où ils dorment, car ces mesures permettent d’éviter la contamination des autres membres de la famille. Selon l’adjoint, Jean Marie Kaboré, l’unité de traitement du CM suit une dizaine de patients. C’est avec tristesse que ce dernier a déploré les 4 cas d’échec au traitement au cours de l’année écoulée. Ces cas d’échec, a-t-il laissé entendre, sont dus au fait que certains patients ne sont pas réguliers au traitement et aussi au fait que certains s’alimentent avant de prendre les médicaments, ce qui est déconseillé. La tuberculose se guérit si le traitement est bien suivi. Pour ces malades souffrant de la tuberculose, l’espoir de guérir est grand, car leur état s’améliore de jour en jour. ‘’ Je souffre de la tuberculose il y a 8 ans de cela. C’est grâce aux examens radiologiques qu’on a découvert la maladie’’, a déclaré Catherine Yaméogo. Elle a affirmé qu’elle toussait beaucoup au début. Mais après 3 mois de traitement, elle trouve que son état s’est beaucoup amélioré car elle arrive déjà à mener quelques activités qu’elle était incapable d’exercer à cause de la maladie. Elle a loué la gratuité du traitement car cette mesure gouvernementale burkinabè soulage énormément les malades. Le patient Boureima Zongo, quant à lui, affirme avoir traité sa maladie pendant 4 ans en Côte d’Ivoire sans succès. A moins de deux mois, le patient Zongo se dit confiant car son état s’améliore constamment grâce au traitement auquel les agents de santé lui ont soumis. Son traitement doit durer 8 mois au lieu de 6 parce qu’il n’avait pas suivi un traitement normal. Incapable d’exercer une quelconque activité au début de sa maladie, le vieux Zongo commence à s’y mettre. De son côté, Hélène Kaboré soutient qu’elle souffre de la tuberculose il y a plus d’une année. Selon ses dires, la maladie a commencé par des démangeaisons au niveau des pieds avant d’envahir le corps. Physiquement affaiblie par la maladie, la vieille Kaboré ne peut pas exercer une activité. Elle dit avoir débuté le traitement à peine deux mois. Elle s’est surtout réjouie de la gratuité du traitement. Selon ses dires, elle avait été soumise à un traitement qui, malheureusement, n’a pas connu de succès. C’est à l’issue de ce traitement, a-t-elle précisé, qu’elle a effectué des examens médicaux à Ouaga où la maladie a été décelée. Pour sa part, le patient Ousmane Guissou dit traîner son mal depuis 6 mois. Mais il commence à avoir de l’espoir. Car il affirme aller de mieux en mieux à deux mois seulement du traitement. Pour les 4 mois qui lui restent, il espère obtenir la guérison. "Je ne pouvais pas marcher mais maintenant j’y arrive et j’en suis heureux ", s’est exprimé le patient Guissou. Il a souhaité qu’on mette plus de moyens à la disposition des centres de traitement afin qu’ils puissent continuer à prendre en charge les patients. A un mois de la fin de son traitement, Amado Tamboura, un autre patient, se souvient des souffrances qu’il a endurées durant 5 ans. Comme les autres patients, il était incapable d’exercer une quelconque activité. Mais grâce au traitement qu’il a suivi pendant 5 mois, il est présentement en mesure de mener ses activités quotidiennes. Le patient Tamboura a vivement remercié l’équipe médicale pour les conseils prodigués à son endroit ainsi que les médicaments dont il a bénéficié gratuitement.