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Ils sont appelés pour embellir ou boucher des trous dans certaines soirées de gala ou grandes cérémonies. Les mannequins et les stylistes du Burkina Faso participent activement au développement culturel de la nation ; pourtant ils sont marginalisés voire mis en retrait de la société. Considéré comme désuet et sans avenir, de nombreuses jeunes filles et garçons se lancent pourtant dans ce métier. Selon le doyen et le formateur attitré des mannequins, Didier Zongo, ils sont environ 60 professionnels au Burkina appartenant à cinq agences. Lors de l’édition des Kora 2010, le styliste Bazem’sé et sept mannequins ont représenté le Burkina. Nous sommes allé à leur rencontre afin qu’ils nous parlent de leur métier, de leur participation aux Kora et des difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur fonction, qui est celle de magnifier l’art vestimentaire.
Sept mannequins ont pris part aux Kora pratiquement au forceps, car aucun Burkinabè n’avait était invité à y défiler. Seuls leurs collègues ivoiriens (10) et nigérians (3) devaient avoir ce privilège. C’est après maintes discussions et tractations que nos top models ont été autorisés à participer au casting. « Les organisateurs nous ont dit au départ qu’il n’y avait pas de mannequins au Burkina. Il a fallu qu’on s’y oppose en avançant cet argument qu’un défilé de mode ne pourrait se passer au Faso sans qu’un styliste ou mannequin du pays ne défile », affrime Didier Zongo.
Selon Kady Sidibé, « certes, il n’y a aucun mannequin burkinabè qui vit de son métier, mais ce n’est pas pour autant qu’à une manifestation de cette envergure nous soyons dénigrés de la sorte ». L’insuffisance des soirées de mode au Faso ne permet pas à nos mannequins de promouvoir leur art. Ils sont payés en monnaie de singe après les défilés, dans les coulisses des spectacles. Parfois certains acceptent des cachets dérisoires, juste pour se faire admirer sur le T. Bref, selon Saïbatou Ouédraogo de l’agence ISIS, « nous ne valorisons pas notre profession ».
La participation du styliste Bazem’sé aux Kora relève de l’exploit car lui également avait été éjecté au départ. « Si j’ai défilé, c’est parce que j’ai voulu faire honneur à mon pays. Pour un défilé qui se passe en off, où le comité d’organisation n’avait rien prévu comme accessoires de mode... Je suis devenu, à la dernière minute, celui qui devait sauver les meubles. L’image que j’avais des Kora s’est dissipée dans mes pensées », déclare le styliste. Pour un défilé de mode qui était censé se dérouler en direct, le comité d’organisation, pour des raisons qui restent encore non élucidées, a décidé de « zapper » sur cette partie du programme. Ce qui refait jaillir le rôle de l’art vestimentaire dans la société. « Tant que nous n’allons pas parler le même langage, défendre en commun nos intérêts, la société ne pourra jamais nous prendre au sérieux », affirme le top model Berniche Congo, qui a défilé aux Kora. Le formateur et responsable de l’agence ISIS, Didier, reste néanmoins très optimiste car selon lui, les plaidoyers et les projets que les mannequins mènent sont pour l’avenir des jeunes. Raison pour laquelle il a décidé de mettre toutes ses énergies dans la formation des jeunes mannequins, deux fois par semaine (mardi et vendredi) au CENASA.
L’un des facteurs clés qui discrédite la profession est le manque d’organisation. Certes ils appartiennent tous à des agences, mais ils ne défendent pas ensemble leurs intérêts. L’absence d’un statut, d’une association handicape les mannequins, car ce n’est pas en rangs dispersés que leurs doléances seront prises en compte. A en croire Didier Zongo, une association pourrait voir le jour avant la fin de l’année 2010.
Rv honla |