Pensée du 09/09/2010
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Me BENEWENDE SANKARA, CHEF DE FILE DE L’OPPOSITION : "Ce régime ne nous servira pas des élections propres sur un plateau d’or"

Le Conseil des ministres en sa séance du 21 juillet dernier a pris un décret nommant de nouveaux membres de la CENI dont celui de l’opposition. Dans l’interview qui suit, le chef de file de l’opposition, Me Bénéwendé Sankara, revient sur cette affaire et aborde les conditions de l’élection présidentielle de novembre prochain. Pour lui, il faut continuer à se battre pour arracher au pouvoir des conditions d’élections propres pour obtenir le changement.

"Le Pays" : Le Conseil des ministres vient d’adopter un décret nommant de nouveaux membres à la CENI dont celui de l’opposition. Quel commentaire faites-vous de cette décision ?

Me Bénéwendé Stanislas Sankara : C’est sage comme décision. Seulement que cela a tardé et c’est ce qu’il faut déplorer. L’opposition demandait simplement à être rétablie dans ses droits. Nous en prenons acte.

Peut-on dire que votre ultimatum a payé ou bien le pouvoir a suivi l’ADF/RDA qui aurait demandé le remplacement de son commissaire ?

Je n’aime pas les procès en sorcellerie et je parle de ce que je connais. Vous savez que la CENI (ndlr : Commission électorale nationale indépendante) a une histoire qui est tributaire de celle de notre démocratie. Je ne vais pas revenir sur cela, mais aujourd’hui, la loi dit que la CENI doit avoir une composition tripartite à savoir la majorité, l’opposition et la société civile. L’opposition, à un moment donné, a envoyé ses 5 représentants et il s’est trouvé que parmi ceux-ci, on avait pris en compte l’ADF/RDA qui se réclamait de l’opposition. La clarification politique a été faite, avec le statut de l’opposition. Dès l’instant où l’ADF/RDA a changé de ligne politique, elle relève désormais de la mouvance présidentielle comme c’est le cas à l’Assemblée nationale et au gouvernement. Ce n’est donc pas aujourd’hui à l’opposition de tirer les conséquences en lieu et place de l’ADF/RDA.

"On ne peut pas faire de la politique sans éthique ..."

Si l’ADF/RDA dès le début de son revirement politique avait tiré toutes les conséquences, on n’en serait pas là. Je sais simplement que depuis le 11 février 2010, les partis politiques de l’opposition se sont réunis en assemblée générale et ont décidé de révoquer Seydou Ouédraogo pour le remplacer par Wilfried Bako. Nous avons écrit au président de la CENI pour lui notifier cela. Nous avons saisi le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation à ces fins. Depuis ce temps, nous avons suivi notre dossier et vous avez suivi également des publications de l’ADF/RDA qui, à un moment donné, disaient que les représentants à la CENI sont désignés pour cinq ans et il n’était pas question pour l’ADF/RDA de revenir sur ce poste.

En ce qui concerne les partis politiques de l’opposition, nous voulons de la sérénité, de la responsabilité et nous pensons qu’on ne peut pas faire de la politique sans éthique, sans morale et en sacrifiant les intérêts fondamentaux de notre peuple sur les intérêts personnels, individuels et égoïstes. Au niveau de l’opposition, nous condamnons cela et nous nous sommes retrouvés pour dire que si aujourd’hui, la CENI n’a plus sa raison d’être, nous tirons les conséquences. Mais en attendant, nous pensons qu’on s’est battu pour arriver à cette CENI où l’opposition est représentée et nous avons un mandat. Nous avons donc la possibilité de changer nos représentants. Et s’il y a un blocage qu’on nous le dise surtout que le ministre nous avait reçu pour nous assurer de ce que toutes les dispositions seraient prises pour pouvoir remplacer Seydou Ouédraogo. Mais je ne veux pas véritablement m’aventurer sur ce qui a fondé le Conseil des ministres à prendre une telle décision. Seulement je note que nous avons reçu le 14 juillet dernier une lettre du ministre de l’Administration territoriale qui nous informait qu’au prochain Conseil des ministres, la question sera réglée. Est-ce l’ultimatum qui a produit un effet ? C’est à vous de juger.

Vous avez affirmé lors de votre dernière conférence de presse qu’à 4 mois de la présidentielle, le Burkina ne dispose pas de fichier électoral. Pourquoi tenez vous alors à y participer dans ces conditions ?

Je crois que c’est encore méconnaître la nature de ce régime et mal apprécier aussi les conditions socio politiques que de chercher chaque fois à ce que ce régime là nous offre sur un plateau d’or des élections propres. Moi personnellement, je ne rêve pas. Et chaque fois, je le dis avec force qu’on ne prend pas le pouvoir par les armes pour vouloir le quitter facilement par des urnes. C’est ce qui caractérise le régime de Blaise Compaoré. Regardez notre parcours. A chaque fois, j’insiste pour dire qu’à l’époque, l’opposition en boycottant les élections a mis dans les pertes et profits presque 3 millions de votants contre 750 000 voix qui ont permis à Blaise Compaoré de légitimer son régime. Moi je crois que les Burkinabè doivent savoir tirer les conséquences de tout cela.

"L’alternance réside dans la responsabilité collective"

Si en 23 ans de règne nous ne sommes pas capables de dire que l’alternance réside dans la citoyenneté, dans la maturité, dans la responsabilité collective et dans un sursaut commun, et qu’on va passer le temps à apprécier des institutions qui sont contrôlées par des hommes de main avec des magistrats de service, qui ne peuvent dire justice, autant accompagner la monarchie. Nous disons que nous ne sommes pas un parti électoraliste. Nous disons : le changement est irréversible. C’est la manière, c’est la méthode. Je crois en la démocratie. Mais il faut que la démocratie fonctionne et pour que la démocratie fonctionne, il faudrait que des mécanismes appropriés existent et le principal mécanisme, c’est le scrutin.

Le Burkina a été à tous les accords de bonne gouvernance de démocratie. C’est donc au peuple de choisir dans sa dignité et dans sa souveraineté la voie du changement. C’est pourquoi au cours de cette conférence de presse, nous avons dit qu’il n’y a pas de fichier à 4 mois des élections. Nous n’avons pas été démenti parce que fort curieusement, Michel Moussa Tapsoba est intervenu sur les antennes de la Télévision nationale du Burkina à l’émission "Actu hebdo" pour confirmer ce que nous disons. Aujourd’hui, je lis dans la presse les réactions des acteurs politiques de la majorité présidentielle comme le député Mahama Sawadogo, la FEDAP/BC qui nous disent encore que d’une part, c’est utopique de s’attendre à des croisements opportuns entre la CENI et l’ONI. Et certains proposent qu’il faudrait voter avec des actes de naissance. C’est pour dire, par rapport à votre question et en définitive, que ce n’est plus un problème de scrutin qui se pose aux Burkinabè. C’est un problème de légitimité du pouvoir. Et le 21 novembre, c’est la fin du mandat de M. Blaise Compaoré si on tient compte en tout cas du mandat sous lequel il a été élu. Et qu’à partir du mois de décembre 2010, il doit forcément quitter les affaires.

Que pensez-vous de cette proposition de la FEDAP/BC qui demande que l’on vote avec l’acte de naissance ?

C’est une insulte grossière que l’on fait au peuple. Nous ne pouvons pas, en tant que médiateur, aller proposer la carte biométrique ailleurs et venir dire aux Burkinabè, qu’ils peuvent voter avec les jugements supplétifs. Mais nous méritons aussi nos dirigeants.

Mais au cas où cela devait arriver, quelle serait la position de votre parti en particulier et de l’opposition de façon générale ?

Si c’est la position de mon parti et celle de l’opposition, attendez que mon parti avise, de même que les partis de l’opposition. Mais si c’est ma position personnelle, je n’y crois pas pour le moment. Je vous ai dit tout à l’heure qu’il est inadmissible en démocratie surtout pour un pays qui veut se faire respecter, qui pense être le repère en Afrique, qu’à 4 mois des élections, on vienne à tripatouiller les textes essentiels qui constituent la base juridique des élections. C’est une violation du traité de l’Union africaine. Je trouve que ce n’est pas possible. Je le pense mais je peux me tromper.

Et pour terminer, quels sont les chantiers du chef de file de l’opposition ?

Mon dernier mot, c’est l’appel à la mobilisation, l’appel à l’unité : il faut que nous renforcions la cohésion. Il faudrait que nous puissions véritablement créer une synergie pour barrer la route à ces dérives. Tout le monde donc est interpellé ; tous ceux qui aiment ce pays, les patriotes, les démocrates sont interpellés pour que véritablement nous puissions permettre au peuple burkinabè d’assurer son destin. Et les partis politiques de l’opposition doivent d’abord s’unir. Nous devons avoir la volonté unanime commune de faire le même pas dans la même direction. Nous travaillons à cela en tout cas au niveau du chef de file de l’opposition.

Propos recueillis par Antoine BATTIONO, Dayang-ne-Wendé P. SILGA et Timothée SOME (Stagiaire)

 
 
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